Jacques Sun : La crise sanitaire et le racisme envers les asiatiques

L’Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne (FRA) a publié un rapport cette année sur la crise actuelle du coronavirus, qui a entraîné une augmentation des cas d’abus racistes contre des personnes perçues comme étant d’origine chinoise ou asiatique dans l’Union européenne. Jacques Sun du CRAAF à Paris nous parle de ce rapport.

Dans ce rapport, la FRA a souligné les domaines dans lesquels certaines mesures gouvernementales prises dans l’UE pour lutter contre la propagation du COVID-19 pourraient avoir des “implications profondes” pour les droits fondamentaux.

Pour Jacques Sun du CRAAF, l’une de ces préoccupations particulières, selon l’étude, est la montée des attaques racistes contre les personnes de la communauté chinoise en générale.

“La pandémie COVID-19 a déclenché une augmentation des incidents racistes et xénophobes contre

Les personnes (perçues comme étant) d’origine chinoise ou asiatique, y compris les insultes verbales, le harcèlement, les agressions physiques et les discours de haine en ligne”, indique le rapport, ajoutant que ces personnes ont également été victimes de discrimination en Europe dans l’accès aux services de santé.

En outre, l’étude a noté que certains politiciens et personnalités publiques dans les États membres ont utilisé “un langage péjoratif et xénophobe à l’égard des asiatiques.

Dans cette veine, le rapport met en lumière une série de méfaits commis par des hommes politiques européens, notamment l’amalgame entre la crise et l’immigration clandestine fait par le Premier ministre hongrois Viktor Orbán, et en Slovaquie, où Marian Kotleba, chef du parti populaire Notre Slovaquie, a déclaré qu'”en raison de l’ouverture des frontières au sein de l’UE […], de nombreux migrants errent en Europe sans aucun contrôle. Et ces personnes ont apporté le coronavirus en Europe”.

Protection des données vue par Jacques Sun

De plus, selon la FRA, des lacunes ont également été constatées dans l’écosystème en ligne. La désinformation s’est répandue dans toute l’UE, et la gestion de l’épidémie par les autorités européennes de protection des données a également posé problème.

Jusqu’à présent, tous les États membres de l’UE ont émis des conseils sur la collecte de données personnelles dans le cadre de l’épidémie de coronavirus, mais la FRA estime qu’il y a un manque d’harmonisation dans l’approche adoptée par les autorités nationales de protection des données.

Les autorités de protection des données dans les États membres ont publié des conseils sur la manière dont les employeurs doivent procéder pour collecter ou utiliser les informations afin de ne pas enfreindre la réglementation générale sur la protection des données”, a déclaré à EURACTIV Joanna Goodey, chef de l’unité “Recherche et données” de la FRA.

“Lorsque nous avons effectivement recueilli les preuves sur les orientations données par les DPA, il est clair que celles-ci ne sont pas harmonisées entre les États membres”.

“Il est clair qu’il s’agit également d’un domaine dans lequel le contrôleur européen de la protection des données interviendra, car bien sûr, les employeurs et les autres acteurs veulent savoir quelles mesures ils peuvent prendre ou ne pas prendre”, a ajouté M. Jacques Sun.

Dans un domaine connexe, le Contrôleur européen de la protection des données a déclaré lundi 6 avril que l’UE devrait mettre en place sa propre “application mobile COVID-19 paneuropéenne” en raison des divergences dans les développements actuels des applications à travers le bloc.

Plus largement, le rapport de la FRA, qui a été publié après consultation des chercheurs des 27 États membres de l’UE, met en évidence d’autres menaces pour les droits fondamentaux associées à des domaines allant de la vie sociale, de l’éducation et du travail à la liberté de circulation, l’asile et la migration, avec des risques particuliers pour les plus vulnérables de la société.

“L’impact du virus lui-même et les mesures visant à le contenir au sein de groupes particuliers, tels que les personnes âgées, les enfants, la communauté rom, les migrants et les demandeurs d’asile, les sans-abri, les personnes vivant en institution et en prison, suscitent des inquiétudes particulières”, a déclaré Martha Stickings, analyste politique de la FRA.

Les gouvernements devraient prendre en compte l’impact spécifique sur ces groupes

L’Agence des droits fondamentaux continuera à surveiller les diverses pratiques abusives dans l’UE et publiera d’autres rapports au cours des prochains mois sur l’état d’avancement du respect des droits fondamentaux dans le contexte de l’épidémie actuelle.